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Commémoration des fusillés (suite).

La commémoration des fusillés du 29 octobre 1944 a eu lieu dimanche 25/10 à Montenois.
Le contexte sanitaire et le cadre réglementaire nous ont imposé de faire preuve d'originalité pour honorer la mémoire de nos morts. Grâce aux efforts des élus et à la bonne volonté de la paroisse, j'ai eu l'occasion de m'adresser à une partie de la population lors de la cérémonie religieuse. Vous trouverez ci-après les mots qui ont été prononcé à cette occasion.
La cérémonie civile, a donné lieu à quelques mots et aux remerciements d'usage aux représentants du Souvenir Français et des anciens combattants, aux porte-drapeaux, au représentant de la gendarmerie, au représentant des sapeurs-pompiers, à M. Maurice Vieillard - chevalier de la Légion d'honneur, doyen du village et libérateur de Montenois - et à Mme le maire de Bretigney. Mes remerciements également aux élus pour la mise au propre du monument.
En espérant que l'année prochaine, une cérémonie civile plus "humaine" pourra avoir lieu !
 
Le maire, Mathieu Kalyntschuk.
 
"Mesdames, messieurs,
Je voudrais adresser mes remerciements les plus sincères au père Ignace pour me permettre de m’adresser à vous en l’église Saint-Georges de Montenois.
Comme chaque année, nous nous réunissons à l’approche du 29 octobre pour commémorer le sacrifice de 15 hommes, habitants de Montenois et Bretigney, lâchement assassinés par les nazis en 1944. Un 16e homme de Montenois a été quant à lui fusillé le 16 novembre 1944 à Montbéliard.
Comme chaque année, à l’occasion de la messe dominicale, vous avez l’occasion de prier pour nos morts et honorer leur mémoire.
Comme chaque année, une cérémonie civile est organisée parallèlement à la célébration religieuse. Cette année, après avoir rencontré les pères Ignace et Jean-Marie, avec Brigitte Sepulchre que je remercie chaleureusement, nous avions œuvré ensemble pour faire en sorte que les différentes cérémonies puissent se dérouler dans le respect des convictions de chacun, sans voir des croyants se presser pour assister à la commémoration civile.
Et pourtant, cette année, sans doute pour la première fois depuis les événements, sur ordre de la préfecture du Doubs et en raison du contexte sanitaire, nous ne pourrons pas nous réunir à plus de 6 personnes devant le monument aux morts pour la cérémonie civile.
C’est avec une grande tristesse que j’ai appris cela vendredi en fin d’après-midi, laissant peu de temps pour prévoir une organisation alternative. Les circonstances exceptionnelles nous enlèvent un moment officiel de recueillement. Avec Agnès Fuchs-Cordier, que je remercie également, nous avons réfléchi au problème et il nous a paru essentiel de trouver un moment pour s’adresser publiquement à vous, car nous ne pouvions pas accepter de nous contenter d’une cérémonie en petit comité. Avec l’aide de la paroisse et la bonne volonté du père Ignace, c’est donc au sein de notre église de Montenois que j’ai l’occasion de vous dire quelques mots à propos des événements d’octobre 1944, en mon nom, sans mon costume de maire, mais avec tout mon cœur.
En effet, comment ne rien dire en l’honneur de ces hommes qui sont morts pour avoir participé, de près ou de loin, à la défense de la démocratie et de la liberté ? Et comment ne pas faire le parallèle entre ces événements tragiques et l’odieux assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie et d’enseignement moral et civique, le vendredi 16 octobre 2020. Assassinat qui me touche doublement :
- en tant que citoyen, comme vous tous, car nous ne pouvons pas accepter cet acte terroriste, la volonté de s’en prendre à un homme qui ne faisait que son métier.
- mais aussi en tant que professeur d’histoire-géographie et d’EMC, car le but même de notre métier, est d’éveiller l’esprit critique des plus jeunes, les confronter à différentes façons de penser pour ne pas les laisser croire qu’il n’y a qu’une seule façon de voir les choses.
Oui, l’assassinat de mon collègue me rappelle à quel point il est essentiel de faire réfléchir sur le sens de nos valeurs, pourquoi nous sommes fiers d’écrire « liberté, égalité, fraternité » sur les frontons des mairies ou des établissements scolaires.
Oui, pendant mes cours, comme dans ceux de tous mes collègues, nous étudions des caricatures comme nous traitons des génocides.
Et pour faire le lien entre les grands événements et l’histoire locale, oui, nous parlons des terribles événements qui se sont passés à Montenois et dans d’autres communes en 1944. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le combat était le même. C’était le combat de la liberté contre une idéologie obscurantiste, qui réduisait l’homme à l’état de machine en lui ordonnant de tuer sans réfléchir. Des hommes et des femmes se sont dressés contre cette idéologie, en partageant des convictions que nous, citoyens du XXIe siècle, devons continuer à faire partager à nos enfants et à nos petits-enfants.
Lors de la séance du CM de Montenois le 14 juin 1945, l’assemblée a demandé au maire, Jean Alix, de bien vouloir lui donner le récit des événements afin que, je cite, «les générations futures sachent ce que la population de Montenois a souffert sous le joug allemand».
Beaucoup d’entre vous connaissent déjà cette histoire, et ce n’est pas ici que je lirai, comme je l’avais prévu pour la cérémonie civile, les phrases de mon prédécesseur relatant des événements d’une cruauté inimaginable. Cette tragédie, nous devons continuer à la rappeler, chaque année, pour faire vivre nos valeurs, nos idéaux et nos convictions. Nous sommes tous redevables à ces hommes qui ont donné leur vie pour que nous puissions en vivre une meilleure. Et même si les temps sont difficiles, ils ne sont sans doute pas comparables aux heures sombres que nos aïeux ont connu. Il faut donc plus que jamais garder espoir.
Merci à tous d’avoir eu la patience de m’écouter. Je ne vous inviterai donc pas à prolonger notre recueillement jusqu’au monument, mais je vous propose de vous y rendre prochainement pour honorer nos morts. Merci encore."
 
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